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Pourquoi sommes-nous attirés par des personnes qui nous font du mal

  • Photo du rédacteur: Angélique PAYET
    Angélique PAYET
  • 30 juin
  • 4 min de lecture


Vous avez déjà eu cette impression étrange : malgré la souffrance, les disputes, les silences radio ou les humiliations, quelque chose vous ramène sans cesse vers une personne qui vous fait du mal ? Vous savez rationnellement que cette relation n’est pas bonne pour vous, pourtant vous y retournez, comme aimanté.

Ce phénomène n’est pas une faiblesse de caractère. Il s’explique par des mécanismes psychologiques profonds, souvent inconscients. Explorons ensemble les dynamiques toxiques, le trauma bonding, la répétition des schémas et les blessures d’enfance qui nous poussent vers ces relations destructrices.


1. Le trauma bonding : l’addiction émotionnelle

Le trauma bonding (ou lien traumatique) est un attachement puissant qui se crée dans un contexte de peur, d’humiliation et d’intermittence affective.

Le cerveau, face à un stress intense et répétitif, libère des hormones comme le cortisol et la dopamine de façon chaotique. Les moments de calme ou de tendresse après une crise deviennent alors extrêmement puissants : ils fonctionnent comme une récompense imprévisible, exactement comme dans une machine à sous.

C’est pourquoi les victimes de violences conjugales ou de relations hautement toxiques disent souvent : « Quand c’est bien, c’est extraordinaire. » Ce contraste extrême crée une dépendance émotionnelle plus forte qu’une relation stable et saine.

Exemple courant : une personne qui alterne entre déclarations d’amour passionnées et disparitions soudaines, critiques violentes et excuses déchirantes. Le cycle « tension-explosion-réconciliation » renforce le lien traumatique.


2. La répétition des schémas d’enfance (répétition compulsion)

Freud parlait déjà de « compulsion de répétition » : nous avons tendance à recréer dans nos relations adultes les dynamiques non résolues de notre enfance.

Si vous avez grandi avec un parent :

  • imprévisible ou colérique,

  • émotionnellement distant,

  • manipulateur,

  • ou qui vous faisait sentir que vous n’étiez jamais « assez »…

…vous pouvez inconsciemment chercher des partenaires qui reproduisent ce sentiment familier. Le cerveau préfère le connu (même douloureux) à l’inconnu. C’est une tentative inconsciente de « réparer » le passé : cette fois-ci, je vais réussir à me faire aimer, cette fois-ci je vais contrôler la situation.

C’est ainsi qu’une personne ayant vécu de la négligence émotionnelle peut se sentir irrésistiblement attirée par quelqu’un de fuyant ou d’évitant. Une personne qui a subi des critiques constantes peut tolérer (voire chercher) un partenaire rabaissant.


3. Les styles d’attachement et les « danses » toxiques

Selon la théorie de l’attachement, nos premières relations avec nos figures d’attachement façonnent notre façon de nous relier aux autres :

  • Attachement anxieux : peur de l’abandon, besoin excessif de rassurance.

  • Attachement évitant : peur de l’intimité, tendance à fuir l’engagement.

  • Attachement désorganisé (souvent lié à des traumatismes) : mélange chaotique des deux.

L’attirance la plus forte se produit souvent entre anxieux et évitant. L’un poursuit, l’autre se retire. Cette danse reproduit exactement le sentiment d’insécurité vécu dans l’enfance. Le cerveau interprète cette intensité comme de l’amour.


4. Les autres facteurs qui nous maintiennent dans ces dynamiques

  • Faible estime de soi : « C’est tout ce que je mérite. »

  • Peur de la solitude : mieux vaut une mauvaise relation que pas de relation du tout.

  • Idéalisation : on tombe amoureux de la version « potentielle » de l’autre plutôt que de la réalité.

  • Manque de modèles sains : si vous n’avez jamais vu de relation respectueuse et sécurisante, vous ne savez pas forcément la reconnaître.

Comment savoir si vous êtes dans une dynamique toxique ?

Voici quelques signes révélateurs :

  • Vous marchez constamment sur des œufs.

  • Votre humeur dépend entièrement de l’humeur de l’autre personne.

  • Vous vous excusez souvent pour des choses dont vous n’êtes pas responsable.

  • Vous avez l’impression de perdre votre identité.

  • Les moments agréables deviennent de plus en plus rares, mais vous vous accrochez aux souvenirs.

  • Vos proches vous disent qu’ils ne vous reconnaissent plus.


Comment en sortir ? (Le chemin vers la liberté)

Sortir d’une relation toxique ou d’un pattern répétitif n’est pas facile, mais c’est possible. Voici les étapes clés :

  1. Prendre conscience Nommer ce qui se passe (« Je suis dans un trauma bonding ») est déjà un acte libérateur.

  2. Travailler sur les blessures d’origine Une thérapie (particulièrement orientée trauma ou attachement) permet de guérir les racines plutôt que de simplement gérer les symptômes.

  3. Reconstruire l’estime de soi Reconnectez-vous à vos besoins, vos valeurs et vos désirs. Posez des limites, même petites au début.

  4. Apprendre à tolérer le vide La période de sevrage après une rupture toxique est souvent très douloureuse. C’est normal. Elle ressemble à un syndrome de manque. Le soutien d’un thérapeute ou d’un groupe est précieux ici.

  5. Redéfinir ce qu’est l’amour L’amour sain n’est pas chaotique, épuisant ou humiliant. Il est calme, respectueux et sécurisant. Il permet de grandir plutôt que de survivre.

Un dernier mot

Être attiré par des personnes qui nous font du mal n’est pas une fatalité. C’est le signe d’une blessure qui demande à être vue et soignée avec compassion. Chaque fois que vous choisissez de vous respecter un peu plus, vous brisez le cycle, non seulement pour vous, mais aussi pour les générations suivantes.

Vous n’êtes pas « trop sensible », « trop exigeant » ou « incapable d’être aimé ». Vous êtes en train d’apprendre à aimer différemment, de façon plus saine et plus juste.

Si vous vous reconnaissez dans cet article, n’hésitez pas à consulter un professionnel. La thérapie n’est pas un aveu de faiblesse, c’est l’un des actes les plus courageux qui soient.

 
 
 

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© 2016 - Angélique Payet

Psychologue clinicienne - Sexologue

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